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LE FIGARO – A Beaune, le Festival bonifié l’Opéra

CRITIQUE – «La Flûte enchantée», dirigée par Jérémie Rhorer, restera particulièrement marquante.

Par Christian Merlin, le 26/07/2021

Encore un week-end d’émotion à Beaune! Et de nostalgie. Il y a quinze ans, obligée de pallier la défection d’un maestro dans Idoménée de Mozart, Anne Blanchard, fondatrice du Festival, a fait ce qu’elle sait si bien faire: le pari de la jeunesse, misant sur Jérémie Rhorer comme chef d’opéra. Il est devenu depuis le mozartien que l’on sait, du Théâtre des Champs-Élysées à Aix-en-Provence. Ce qui ne l’a pas empêché, la semaine dernière, de revenir en Bourgogne, pour le seul opéra de Mozart que nous ne l’avions pas encore vu aborder: La Flûte enchantée.

Certes pas dans la cour des Hospices en raison de risques d’orages, l’acoustique réverbérée de la Basilique Notre-Dame, lieu de repli, l’obligeant sans doute à adapter certains choix musicaux. On craint de se répéter, mais chaque fois que Rhorer dirige Mozart, on a le même sentiment d’évidence dans la logique des tempos et la cohérence dramatique. Vive ou méditative, tendre ou majestueuse, sa Flûte coule de source, avec un sens organique du tempo juste et de l’équilibre entre savant et populaire.

Outre la qualité instrumentale du Cercle de l’harmonie, elle bénéficie d’une distribution homogène, sans réel point faible, même si l’on préfère en Sarastro une basse plus allemande que celle, très latine, de Luigi De Donato. La ligne de chant souveraine et incarnée de la Pamina de Mari Eriksmoen, la projection haute et claire du Tamino de Matthew Newlin, l’irrésistible présence du Papageno de Riccardo Novaro, la Reine de la nuit percutante de Christina Poulitsi, l’Orateur noble de Guilhem Worms, tous trouvent le ton juste pour faire vivre leur personnage. Tout en agrémentant la version de concert d’un jeu scénique suffisant pour nous transporter au théâtre, même si les dialogues dits par des non-germanophones relèvent parfois du comique involontaire. Une soirée à marquer d’une pierre blanche, qui donne envie de retrouver sur scène la Flûte de Jérémie Rhorer, car c’est plus qu’un rodage qui nous a été offert.

Le lendemain, changement complet avec le retour aux sources de l’opéra: Le Retour d’Ulysse dans sa patrie était présenté, en attendant Orfeo et Le Couronnement de Poppée, comme le premier volet de la trilogie de Monteverdi, confiée à un nouvel ensemble en résidence à Beaune: Les Épopées, fondé par Stéphane Fuget. Celui-ci a accumulé une grande expérience de claveciniste avant de passer à la direction, et cela se sent au soin maniaque avec lequel il a fait travailler les chanteurs, axant son interprétation sur la mise en valeur du texte dont aucune inflexion n’est laissée au hasard. Il s’appuie pour cela sur un plateau de premier ordre, qui a fait sien ce «recitar cantando» où le chant se fait tout entier déclamation théâtrale. Revers de la médaille: l’ensemble instrumental peu opulent et la volonté du chef de contrôler la moindre réplique du récitatif placent l’ensemble sous une rigueur souvent austère. Prochain enjeu de cet admirable travail de fond: lâcher la bride…

Festival international d’opéra baroque et romantique, jusqu’au 31 juillet. www.festivalbeaune.com. Réécoute sur: France Musique

Jérémie Rhorer